Breakingviews – Se cacher avec le capital d'une banque peut aider la planète – Prix et avis

LONDRES (Reuters Breakingviews) – Le changement climatique peut donner au capital bancaire une bonne réputation. Les régulateurs ont passé une bonne partie de la dernière décennie à essayer d’empêcher les prêteurs de réduire leur solvabilité afin de maximiser les rendements. Pourtant, le même truc peut conduire à beaucoup dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Les éoliennes sont photographiées à Swisswinds Farm, le plus haut parc éolien d'Europe à 2 500 mètres avant la cérémonie de coulée près du sentier Noufenen à Grish, en Suisse, le 30 septembre 2016.

La principale tâche des autorités de réglementation prudentielles consiste à empêcher les créanciers de se désagréger. Pour ce faire, ils veillent à ce que les banques disposent de fonds propres suffisants par rapport à leurs emprunts, pondérés en fonction de leur niveau de risque. Ces calculs d'actifs pondérés en risque (RWA) semblent très mécaniques. Chaque prêt est ajusté en fonction des risques d'erreur et du montant du remboursement par la banque. Ceci est basé sur des décennies de données historiques. En supposant que le régulateur approuve, la formule détermine le montant minimum de capital que la banque doit maintenir.

En pratique, les calculs RWA sont hautement politiques. Dans la zone euro, par exemple, les obligations d'État émises par les États membres sont réputées pour leur pondération en risque zéro, ce qui incite les banques à gérer la dette souveraine, qui s'est révélée tout à fait exempte de risque.

Les régulateurs des changements climatiques tels que la Banque d'Angleterre étudient comment ce système peut aider à lutter contre les changements climatiques. Il y a deux considérations: premièrement, les données historiques sont un mauvais indicateur pour savoir si le crédit va se détériorer à l'avenir en raison du réchauffement de la planète. Deuxièmement, faire pencher la balance peut inciter le système financier à privilégier les projets permettant d'éviter un résultat catastrophique.

Imaginez que la banque ait le choix entre emprunter 100 millions d'euros pour un projet de parc éolien ou un programme d'exploration à forte émission de carbone. Supposons que les prêts pour parcs éoliens soient pondérés, par exemple, à 80%, tandis que les combustibles fossiles obtiennent un poids de 120%. Les prêts pour un projet pétrolier obligeraient la banque à prêter 1,5 fois plus de capital que pour un parc éolien, ce qui augmenterait le taux d'intérêt attaché au prêt.

Ce n'est pas si simple, cependant. Les régulateurs doivent veiller à ce que les décisions de prêt restent guidées par des critères de risque et non par des objectifs politiques. Comme l'a souligné la Banque centrale européenne en mai, les données ne prouvent pas de manière catégorique que les prêts aux actifs verts présentent moins de risques que la pollution brune. Le groupe pétrolier Royal Dutch Shell génère constamment d’énormes quantités d’argent de réserve, tandis que de nombreux projets de panneaux solaires se sont effondrés au cours des 15 dernières années.

Les gouvernements, les régulateurs et les banques attendent que quelqu'un d'autre prenne les devants. La Commission européenne a demandé à l'Autorité bancaire européenne de déterminer comment appliquer la réduction RWA aux projets verts et la prime brune, mais celle-ci n'est pas exigible avant six ans. Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, qui fixe les règles mondiales en matière de capital, n’a pas encore statué. Dans le même temps, les grandes banques ont été informées qu'elles devront fournir davantage de données environnementales pour pouvoir bénéficier d'un financement afin que les régulateurs se sentent à l'aise d'incorporer le risque climatique dans les modèles RWA.

Natixis est entré dans ce vide. La banque verte française a lancé cette semaine une tentative visant à créer un système de classification pour le tri des projets respectueux du climat et un protocole de pondération des risques. Natixis divisera 127 milliards d’euros de crédits sur le bilan de sa banque d’investissement en sept catégories, du vert foncé au brun foncé, en fonction du degré de sérieux pris par les emprunteurs pour atteindre les objectifs de Paris en matière de réchauffement de la planète. Les prêts les plus écologiques se verront facturer 50% de leur poids normal, tandis que les plus polluants recevront une prime de risque allant jusqu'à 124%.

Dites que le Comité de crédit de Natixis est confronté au même choix entre emprunter 100 millions d'euros dans un parc éolien présentant le poids de risque le plus faible ou un projet pétrolier produisant les résultats les plus élevés. Ce dernier nécessitera près de 2,5 fois plus de capital que le premier.

À première vue, Natixis semble prendre en main le calcul du capital. Cependant, le ratio de pondération «vert» ne modifie pas le montant de capital réglementaire qu'une banque doit consacrer à ses prêts. Au lieu de cela, c'est un outil analytique conçu pour orienter la gestion vers un comportement plus durable. L'inconvénient des actionnaires de Natixis est qu'il va inciter la banque à approuver des prêts verts à faible rendement réglementaire tout en rejetant des projets plus rentables.

Le schéma est un peu plus qu'un début. Cependant, plus elle collabore avec d'autres banques, plus les régulateurs peuvent se sentir à l'aise d'incorporer des mesures de RWA écologiques dans leurs modèles de régulation. Le résultat pourrait être un cycle bénin d'augmentation des prêts verts, une réduction des émissions – et une réévaluation des avantages de la lutte contre le capital bancaire.

Breakingviews

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